Affichage des articles dont le libellé est Mouchette. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mouchette. Afficher tous les articles

vendredi 18 septembre 2015

Stephen McCauley, Sexe et dépendance


Sexe et dépendance est tombé à pic pour me distraire. Je lisais au lit l'après-midi, un peu n'importe quoi, ce qui traînait, un 10/18 acheté chez la bouquiniste un jour où j'avais besoin de monnaie. Mon cerveau brûlait de l'intérieur depuis une semaine et l'IRM se profilait, ce qui alimentait l'hypocondrie. Les nuits étaient courtes et le moral en berne, les journées plutôt mornes. Cette histoire d'agent immobilier américain m'a fait sourire et réfléchir à la condition de l'homme (homosexuel) moderne. Le héros, ou anti-héros, s'appelle William. Il lui arrive de faire des rencontres sexuelles de hasard, il ne peut pas s'en passer mais c'est assez désespérant. Alors, il arrête, en se faisant des promesses d'ivrogne qu'il ne tiendra pas. Puis il reprend. En même temps, il essaie de vendre des appartements, ce qui lui vaut quelques péripéties supplémentaires avec des clients plus ou moins frappadingues, bardés d'exigences et de contradictions. Le dénouement est sans surprise, une bluette.

C'est amusant, un peu beauf par moments, pas de la grande littérature mais assez bien vu sur la solitude urbaine, le désenchantement de la quarantaine et l'atmosphère post-11 septembre à Boston.

vendredi 28 août 2015

Avec roman

Je pourrais écrire un roman, en cinq courts chapitres.  L'histoire d'une rencontre entre un type qui écrit dans son coin et une lectrice de hasard.

Premier chapitre, Rencontre 

Soleil de juin, je portais un chemisier blanc et un pantalon noir, ma tenue de concert avant la représentation que je donnerai ce soir. Je l'attendais à cette terrasse de café. Quand son regard a croisé le mien, mon cœur a sursauté ; ensuite je suis restée en difficulté pour parler. Je souriais et écoutais, faute de mieux. C'est qu'il est différent de ce que j'imaginais. Fin et drôle. Et la jeunesse de la voix. Ca ressemblait à un rêve dont je ne voulais pas me réveiller, un rêve de découverte. Je pensais à tout ce qu'il avait écrit, que j'avais tellement aimé. Je pensais qu'enfin je le rencontrais et ça me rendait heureuse.
En même temps, j'avais à faire, cette représentation me préoccupait. Il y assistait et presque tout le temps je l'ai regardé en coin. Plus tard, des proches se sont inquiétés, ils me trouvaient bizarre, ailleurs, comment j'étais arrivée là et pourquoi j'étais incapable de répondre à telle question. Rien de grave pourtant, juste un peu perdue dans mes pensées oniriques, avec sa voix dans mon oreille. Et voilà, maintenant rentrée chez moi, je rêve encore. Soupirs.

 

Deuxième chapitre, Restaurant japonais

Quelques mois se sont écoulés. Une autre soirée face à face, devant des sushis,  à me heurter au fait que j'aurai beau faire et dire, je ne serai jamais dans son film intime. A la lisière, c'est ma place. Que demander de plus, à quoi bon hein, à part pour se faire incendier, traiter de jalouse, d'inflammable ou je ne sais quoi.
Ce qui m'anime dégouline et l'écoeure, cette gentillesse, ce pathos, ça pue et ça lui colle aux basques en plus de sentir le brûlé. Une résine dont il cherche à se débarrasser.
Justement, je me souviens que c'était vers décembre et que j'étais habillée entièrement en vert sapin. Il portait une veste de cuir. J'étais si fatiguée, j'aurais aimé m'endormir sur son épaule au café. Nous avons parlé, longtemps, trop longtemps et à la fois pas assez. Après quoi, ça a mal tourné, il a allumé la lance à incendie et j'en ai pris plein la gueule. Soupirs et pleurs. Fâcherie. Puis dissipation de la fâcherie.

 Troisième chapitre, Satyajit Ray

Au fil du temps, le feu s'est éteint, remplacé par la cendre, car le type qui écrit est le champion toutes catégories de la bonne distance. Quand le hasard nous réunit cette fois encore, je lui assigne la même place que celle qu'il m'assigne, celle du voyageur de passage. Je ne cherche plus à l'émouvoir, m'habille juste un peu pour sortir dans cet endroit où j'avais envie d'aller mais où nous ne nous rendrons finalement pas, mets une robe noire et mes chaussures à paillettes.  Il porte des chaussettes à rayures.  Ce soir là, on passe un bon moment. On marche et on dîne et on regarde un film. J'erre dans un décor qui n'est pas le mien, dans une vie tellement autre que la mienne. Ses livres me sont étrangers, ses préoccupations aussi, je ne sais d'où vient cette sensation de proximité. Les soupirs, cette fois, c'est à cause du film, les personnages, la justesse de Satyajit Ray. A la fin, il se débarrasse de moi avec délicatesse. Le lendemain, j'ouvre les yeux, je pense : c'était bien.


Quatrième chapitre, Le parc

Ce jour-là, nous avons pris le soleil. L'ombre aussi. Le soleil surtout. J'avais l'impression de retrouver un vieil ami, de lui raconter mes histoires et d'écouter les siennes. La magie du début manquait peut-être, elle s'était transformée en apaisement, on ne peut pas tout avoir. J'ai pensé que finalement je le voyais tel qu'il est vraiment, et paradoxalement qu'il resterait à jamais un mystère. Je lui ai souri. N'ai pas pris ses mains dans les miennes, cela ne lui ressemble pas.
Il était fatigué. Peut-être retrouvait-il une amie à qui il racontait ses histoires et dont il écoutait les siennes. Je me demandais s'il s'ennuyait avec moi, qu'est-ce qu'il faisait là finalement, hein, celui qui écrit dans son coin, celui qui n'attend rien de la vie ni des autres ? Toujours cette crainte qu'il ne soit venu que par politesse.
Je l'ai trouvé un peu amaigri, dans sa chemise à carreaux, me suis demandée s'il me trouvait grossie, ridée, fanée. Nous nous regardions vieillir, à travers ces rencontres sporadiques habitées et entrecoupées de récits. Peut-être étions-nous déjà un peu morts. Peut-être nous étions-nous rencontrés au soleil du temps qui passe pour nous regarder et nous écouter vieillir et puis mourir. Au moment de partir, lui faisant un dernier signe, c'est ce que j'ai pensé : que quand je le reverrai, je serai un peu plus vieille et lui aussi, que c'était ainsi. Il faisait encore beau. La nostalgie déjà m'assaillait, je l'entendais approcher doucement du fond de mon cerveau même si la joie ne m'avait pas quittée. Une petite larme a coulé sur ma joue droite, je l'ai essuyée dans un sourire.

 

Cinquième chapitre, Il n'y aura pas de prochaine fois

Cela fait quelques temps que j'ai renoncé à ces rencontres, avec tristesse. La dernière fois, l'hésitation à y aller m'a montré le chemin de la fin. C'était comme une peine qui me tenaillait, me poussait à laisser ces épisodes derrière moi, car il n'en sortirait rien de bon, que de l'indifférence muette et du faux-semblant. Il n'avait plus rien à me dire et son silence résonnait tellement fort qu'il me faisait mal aux oreilles. J'en avais marre, d'être le bon public gentiment consentant, la résine collée aux basques du type qui préfère rester dans son coin.
Il valait mieux partir alors. J'ai encore écrit quelques mots, versé quelques larmes. Et puis hop, c'était fini, ou plutôt non, ça n'en finit pas de finir car je suis comme ça, je ne sais pas finir. 
P.S: l'illustration vient du blog d'une femme qui écrit vraiment, ici

vendredi 25 octobre 2013

Rêves

Hier, je n'ai pas réalisé un rêve d'enfant. Le rêve d'aller dîner quelque part où règnent l'apparence et la cuisine bourgeoises qui tentaient tellement la petite fille d'autrefois. Une de mes proches amies s'y rendait régulièrement avec ses parents, au retour des vacances, et nous racontait dans la cour de l'école à quel point c'était bien. Moi, je rongeais mon frein, espérant qu'un jour j'irais aussi dans ce restaurant tellement chic de la capitale (chic à mes yeux de gamine de 10 ans jamais sortie de sa ville natale).
Hier donc, je n'ai pas réalisé un rêve d'enfant, me suis contentée d'admirer l'endroit de l'extérieur, ses lampions et ses serveurs en livrée. Ca pouvait rester un rêve, je n'y tenais pas tant. Ca avait l'air bruyant et pressé. Je me suis extirpée de ma ville natale autrement et depuis belle lurette.
 
rêveHier, par hasard, s'est réalisé un autre rêve, un rêve de lectrice. Ce n'était pas un rêve longuement élaboré, rien ou presque n'en avait été pensé ni formulé. Pas un mot, les mots ne venaient pas. Mais tout déjà tourbillonnait dans mes pensées, prêt à s'agglomérer en séquence. Souvent les rêves, les souvenirs et les fantasmes cheminent et voisinent et finissent par se mélanger. C'était comme une hallucination, un songe éveillé, une plongée dans quelque chose d'étrangement familier.
Je me retrouvais dans un décor jusque là seulement idéel. Je reconnaissais le lieu pour l'avoir imaginé et imagé, comme une abstraction assez lointaine. Maintenant, j'y étais, concrètement, entièrement, immergée dans la réalité sensible. Je pouvais regarder, toucher, sentir la présence des personnages qui y étaient passés, leurs histoires.  J'y étais. Et même impliquée dedans, participant. Je regardais un film que j'avais espéré voir dans ce décor là avec cette personne là, lisais des bribes de livre, m'emmitouflais dans une couverture en écoutant des paroles et des musiques. Il faisait chaud mais j'étais bien dans cette couverture. Peut-être même y laissais-je une infime trace de mon passage, qui sait.

Un instant, je vivais dans le livre dont j'avais lu les pages. Je l'entendais vivre. Cela m'intimidait, me rendait muette, comme dissociée de moi-même, car ce n'est pas mon livre et cela me reste étranger malgré la familiarité et c'est peut-être là qu'est le bonheur pour la lectrice, dans cette intimité comme distanciée, dissociée, car le livre qui ouvre un univers et le rend mien fait à la fois obstacle à l'entrée dans le réel, le réel de l'autre et le mien, que je fuis en même temps que j'y aspire et qu'il m'aspire. Un voyage doux et sidéré dans la fiction qui me faisait perdre les pédales et les mots. Heureusement qu'une question bienvenue sur mon programme du lendemain m'en a rappelé le caractère provisoire, sinon j'y serais encore.

J'étais heureuse et je ne le savais pas, ai-je pensé au réveil, quand je suis revenue à la réalité, regardant le ciel et reprenant le cours de ma vie.

vendredi 27 septembre 2013

Si loin, si proche

Chaque jour ou presque, je fais une visite chez Mouchette and co. En ce moment, je ressens de grandes émotions de lecture. Les surprises quasi-quotidiennes. Les textes qui viennent du fond des tripes - ou qui en donnent l'impression -, qui mettent face à ce qu'on voudrait ignorer, à des secrets, à des hontes, à ce qu'on a vécu ou désiré. Les morceaux d'enfance. Le style simple, direct, précis. Ca me remue. Je ressens de la joie.  Comme un enfant qui ouvre un paquet-cadeau. Puis, de la reconnaissance que ceci existe. Ces histoires, je peux m'y retrouver et m'y consoler. Je n'aurais jamais pensé que ça se rencontrait sur le web. J'en reste toute  émue, comme au début, quand je suis arrivée là par hasard, un jour de mélancolie. J'avais tapé une phrase sur Google : "Curedan me manque". Curedan est un garçon que j'ai connu et qui me manque toujours par moments, encore maintenant, c'est ma malédiction intime. Avec cette phrase de malédiction, Google donnait au moins 50 pages de résultats... j'ai commencé à explorer tout ça... suis tombée sur des tas de choses sans aucun intérêt... jusqu'à ce que j'arrive dans cet igloo gris et froid qui parlait de cinéma. Une cinémathèque avec à sa tête un projectionniste bizarre qui parlait des films mais pas seulement. Un vieux cow-boy qui racontait des histoires. Ce fut une bénédiction. J'ai pensé : ça aide à vivre.

En même temps je ne manifeste pas cette joie, je n'ose pas. Il ne faut pas. Le trip midinette qui s'extasie, ça l'irrite tellement,  M.Mouchette. Il fait la gueule, parfois, si je lui écris des choses gentilles. Question de pudeur. Et de finesse, de subtilité, d'humour quand chez moi tout est au premier degré, gros sabots comme disait mon prof de philo. Toujours à foncer tête baissée, à disséquer, à vouloir comprendre, à me donner une importance que je n'ai pas. M.Mouchette au contraire, le plus souvent, il rigole, il voulait juste s'amuser, fictionner tranquillement, pas devenir terrain scientifique pour universitaire. Il attend que je me lasse, pensé-je. La paix, enfin.

On ne se comprend pas toujours.  On se heurte. Je le crains. Autrefois, il m'avait envoyé bouler, assez violemment. Ca laisse des traces. Tout est marqué par cette genèse, même si au fil du temps on se connait mieux et qu'une petite engueulade virtuelle n'a jamais tué personne. Mais n'empêche, je garde un fonds de méfiance, je sais que je ne suis que tolérée sur cette île.  Qu'il peut publier en public des trucs privés, se foutre de ma gueule devant les foules silencieuses de son blog. Ou tout simplement m'ignorer. Il tient à garder ses distances. Je ne m'approche pas trop non plus. Peur qu'un souffle malheureux trouble le processus d'écriture, comme le battement d'aile du papillon. Car alors moi je serais triste de ne plus le lire. Il ne faut pas. Je me tais, tapie dans l'ombre.  Je m'écraserais, au besoin, comme souvent dans la vie.  Je regarde de loin. Parfois, de plus près, les photos. Cette semaine, j'ai cherché longtemps le livre caché dans le champ, sur mon écran. Mais le plus souvent, de loin.
Wenders

 

Si loin, si proche est le titre d'un film de Wenders.  Ange gardien de M.Mouchette, ça m'irait comme destin. Mais il va encore me dire qu'il n'a besoin de rien. Comme d'habitude. Donc je me tais.

lundi 11 février 2013

Satyajit Ray

J'attends que l'énergie vitale revienne. En attendant j'imagine des scènes réconfortantes (c'est l'inconscient qui prend les manettes, essaie de conjurer la tristesse et l'angoisse). Revient ainsi à ma mémoire une séance d'analyse matinale dans une période où j'étais tellement désespérée, vidée, qu'à la fin, j'avais dit à mon analyste que je ne voulais pas partir. Que je préférais rester sur son divan toute la journée, même si le patient suivant avait déjà sonné et qu'elle m'avait signifié clairement que la séance était terminée. Je me sentais bien, recroquevillée et au chaud, sur ce divan un peu miteux, dans ce cabinet suranné avec une vieille analyste légèrement obsédée par la pendule et le chèque final. J'avais donc dit que je m'installais là, précisant que je resterais silencieuse et que je l'écouterais me  parler, parce que moi j'avais plus du tout le courage... Elle avait demandé, très calmement et toujours assise derrière moi : "et qu'aimeriez-vous que je vous dise ?". J'avais répondu, après un moment de silence et d'hésitation: "... peut-être... que là je passe un moment dur, désespérant, triste, mais que ça ira mieux bientôt.... Que j'ai de la ressource.... Que je vais en sortir". Alors, dans un rire, elle avait conclu, en se levant : "eh bien c'est parfait, vous vous l'êtes dit ! On va s'arrêter là". J'avais souri aussi de cette réplique et trouvé alors la force de me lever du divan pour traverser cette affreuse journée (bien plus affreuse que celles que je traverse en ce moment).
Hier soir, j'ai enfilé par-dessus mon pyjama mon pull bleu tout doux en laine, qui me tient chaud en période de tristesse. Je me sentais très lasse et me suis mise au lit très tôt. Eteint la lumière, pas envie de lire. Dans le noir, le sommeil ne venait pas, j'avais froid malgré l'empilement du pyjama et du pull, la boule de la peur au ventre. Alors a surgi la pensée que je pourrais être recroquevillée et bien au chaud sur le divan d'un ami et que je l'écouterais parler. Que peut-être, il serait question d'un film de Satyajit Ray que j'avais eu envie de voir quand j'avais encore de l'énergie vitale. Je me suis laissée bercer par ce rêve éveillé (où j'écoutais sans parler, plus le courage ; Satyajit Ray, connais pas, de toute façon...). Ca m'a apaisée, je me suis endormie.
Plus tard, j'ai pensé que comme souvent, l'inconscient remet d'aplomb plus rapidement que la rationalité consciente. Il fait plonger bien plus profond dans le noir aussi. J'ai des cauchemars, des terreurs nocturnes où on me menace de mort quand je ne suis pas à la hauteur.

samedi 9 février 2013

Bonjour tristesse

Ca n'a rien à voir avec Sagan, d'ailleurs j'ai jamais tellement aimé son livre. C'est juste que les lectrices sont tristes parfois. En me réveillant, je pense : "Bonjour, tristesse". Douleur. Désespoir. Détresse. Abattement. Je cherche des phrases qui résonnent dans mon coeur meurtri, car la lecture toujours apaise. Il y a ceci, chez Mouchette & co
"Le temps a passé. Il n'y a pas si longtemps, on était encore un enfant, on jouait dans la cour, les rêves étaient encore neufs, le merveilleux, courir était une joie dans l'espace des possibles, l'air vibrait des rumeurs infinies de l'instant. Maintenant, on est presque un vieillard. Déjà. Que s'est-il passé entre temps? Ne restent que des mondes perdus dans la brume. Pas toujours beaux. Et ceux qui sont beaux, si rares, il ne faut plus trop les évoquer, car c'est tellement douloureux de les savoir disparus".
Ca me bouleverse. Et bouleversée, je peux me vider de larmes tièdes qui charrient le désespoir la douleur la détresse et l'échec. Ca fait mal et ça fait du bien en même temps, ça détend. Un ami me téléphone, je pleure, ça manque de dignité je dis, il répond il n'est pas question de dignité (après, je pense que c'est vrai, il n'en est pas question, c'est l'amour qui aide à traverser). Les larmes font leur effet, comme les coups de fil, l'alcool siroté et les baisers tendres de mon compagnon. La fatigue s'installe. Je m'endors. La tristesse me réveille encore. M'envahit. C'est le milieu de la nuit. Je me sens infiniment seule et toute triste. Je pense aux mondes perdus dans la brume. Me demande ce qui m'attend, quelle brume et quel monde, maintenant.

Après, c'est le matin. Je me sers un café, la tasse indique "I had a really nice dream last night", ça me paraît tellement ironique aujourd'hui. J'ai envie d'avoir envie de rire. Il reste le goût de cendres dans la bouche. Le coeur qui se serre de temps en temps. La fatigue intense, rien envie de faire, à peine lire, dormir, jouer au loto, m'empiffrer peut-être, m'anesthésier d'alcool. La fatigue intense, c'est comme un boulot intense, ça te prend, tu ne peux plus en sortir. Les larmes reviennent subrepticement, dans la rue, dans la ville, tiens toi ma fille, ça manque de dignité, je me dis (même s'il n'est pas question de ça, je suis bien d'accord). J'écoute Leonard Cohen, pourtant tellement réconfortant d'habitude, mais là ça m'entraîne vers le fond, je suis tombée sur sur "no way to say good bye... I loved you in the morning, our kisses deep and warm, your hair upon the pillow..." J'ai l'impression d'être de retour dans la lessiveuse, dans la spirale de Saul Bass... Allez, ça va passer, tout passe... casse-toi, Saul Bass...

lundi 26 novembre 2012

Rencontrer ceux qu'on a lus

Il m'est arrivé de rencontrer des auteurs que j'avais lus assidument. D'abord, Daniel Pennac, que je dévorais adolescente. Je lui avait raconté, à la librairie où il signait des ouvrages ce jour lointain de ma jeunesse étudiante, que quand j'avais en main un de ses livres, je ne m'endormais pas avant de l'avoir fini. Je cheminais vers le dénouement avec fièvre, incapable de m'arrêter, enfilant les chapitres, désireuse de tout savoir du destin de Benjamin Malaussène. Pennac avait alors écrit comme dédicace : "comment veux-tu que je suive, lectrice, si tu lis en deux heures ce que j'écris en deux ans ?"
Quelques années plus tard, à un salon du livre,  j'ai dit en rigolant à Tonino Benacquista que c'était l'amour qui m'avait fait le découvrir, car j'étais tombée sur La Maldonne des sleepings dans la bibliothèque de mon compagnon (hasard de la vie, tous les polars ou presque que j'ai lus l'ont été par amour). Celui-là raconte l'histoire d'un contrôleur dans le train Paris-Venise. Benacquista nous avait chambrés sur le fait qu'on faisait de bien piètres amoureux, nous qui lisions Venise mais n'y n'étions jamais allés (mon compagnon avait précisé qu'il y était allé, mais pas avec moi... ). Benacquista a alors écrit sur la page de garde de La Maldonne : "Leur premier voyage à Venise, ensemble!".
 Mais cela fait longtemps que j'ai arrêté de fréquenter les salons du livre et autres signatures de libraires : pas l'âme d'un Chick poursuivant son Jean-Sol Partre. Devenir de plus en plus internaute a aussi contribué à changer mes habitudes. Je ne lis plus seulement les auteurs estampillés comme tels par un éditeur, me plonge dans des récits et autres opinions autopubliés sur le web. C'est comme ça que je suis arrivée sur une île et m'y suis installée comme lectrice, avant d'ouvrir mon propre salon où l'on cause. Cette semaine donc, ce sera différent. Je rencontrerai quelqu'un que je lis mais avec qui il y a des échanges réguliers, on se connaît, on tisse quelque chose, qui passera pour un moment de l'écrit à l'oral.
La nuit dernière, j'ai rêvé que je le cherchais partout dans sa ville et que je ne le trouvais pas, je m'étais perdue... J'en étais réduite à repartir bredouille, après avoir été chassée du seul refuge possible dans la ville, une sorte de campement de fortune, muni de lits de camps militaires. Métaphore du fait qu'on  ne retrouve peut-être jamais tout à fait ceux qu'on a lus...

jeudi 1 novembre 2012

Chez moi

canapé de FreudJe suis contente d'avoir un chez moi virtuel. J'étais sur le point de le détruire, l'autre jour, puis l'ami blogueur m'a dit que c'était dommage, il avait raison, je me sens bien ici. J'ai moins l'impression de squatter que quand je vais chez lui, surtout en ce moment qu'il fait très froid sur son île, c'est désert, gris, je frissonne. 
Alors que chez moi, j'aime bien ce rouge intime et chaleureux, le rouge du velours et des maisons closes, le rouge du sang aussi, on ne sait pas trop ce qui pourrait se passer... Ca me rappelle un peu la cabinet de travail dans la maison de Freud, à Londres, là où ont été transférées toutes ces affaires quand il a dû quitter Vienne en 1938. Son cabinet n'était pas rouge mais très intime, chargé de bibelots - il versait dans l'art égyptien -, il devait faire en sorte que ses patients soient en confiance, m'étais-je dit. Une fois, dans une de ses maisons, à Vienne ou à Londres, j'ai vu également un petit film de famille le montrant au milieu de ses enfants et petits enfants... un papy gâteau, il semblait, très affectueux avec ses proches, alors qu'il est toujours dépeint comme un type sévère et très ambitieux. Je connais un vieux monsieur un peu comme ça, l'air sévère et carrière très sérieuse, mais tellement attentif et affectueux...

lundi 29 octobre 2012

Hystérie

Pas longtemps, mais j'ai hésité. Recevant ce soir un mail de mon blogueur, celui-là même à propos duquel j'avais créé ce blog un peu plus tôt dans la journée, car je m'inquiétais de n'avoir plus de nouvelles, je me suis interrogée un instant sur la question de savoir si je lui dirais, que j'avais écrit ça. Peut-être aurait-il été plus sage de ne pas afficher mon hystérie, afin de l'en protéger et de m'en protéger moi-même. Les patientes du docteur Charcot  subissaient au XIXème siècle des internements et des expositions publiques pour des comportements qui étaient peut-être moins indécents que le mien aujourd'hui. Charcot d'ailleurs, ou ses acolytes, les photographiaient (le blogueur dont je parle photographie également). Il fallait me voir, cet après-midi, me ronger les ongles en me disant que cet ami avait disparu, que peut-être il était mort ou pire il m'avait abandonnée. N'importe quoi. Cela aurait fait une photo très dramatique.

Donc, je lui ai dit que j'avais écrit aujourd'hui. Il a lu (c'est lui qui met ces commentaires catastrophés un peu partout). Je laisse faire, même si je garde l'arme de destruction massive du blog entre mes mains. Oh mais.

charcot

Correspondant

Un jour, on s'est rencontré en vrai, avec mon correspondant.  Ca faisait un moment qu'on se lisait et s'écrivait, se racontait nos vies, nos cicatrices, les joies et les galères. Intimité épistolaire.
Un jour, j'ai dû aller dans sa ville, pour le travail, j'ai dû y aller parce que j'avais fait en sorte d'y aller, par curiosité. J'espérais qu'il accepterait qu'on boive un café. Il a un peu tergiversé - serait-il disponible, ce jour-là, à cette heure là ? -, finalement il a dit oui.
 
La nuit précédente, je n'ai pas bien dormi. Je me sentais prise dans des émotions contradictoires. Je me demandais comment ce serait. J'avais peur, après tout ce qui avait été échangé, dont il était devenu le dépositaire, un peu malgré moi, même si ça adoucissait la vie, de lire et d'écrire ainsi. Et le désir étrange qui m'avait amenée là, qu'on se rencontre, qu'il y ait autre chose que les mots.

Quelques minutes avant qu'on se retrouve, il m'a téléphoné. Je l'entendais sourire au bout du fil et ça m'a fait sourire aussi. J'ai pensé un instant qu'on allait passer l'après-midi à bavarder au téléphone, comme ça, qu'il ne viendrait jamais, à quoi bon... mais il est arrivé... Je l'ai reconnu tout de suite, tandis que lui ne me voyait pas ou me prenait pour quelqu'un d'autre (exactement comme lors de notre première prise de contact, en fait ; exactement comme dans l'histoire entière, en fait). On a parlé sans effort, surtout lui. Il est délicat en vrai, attentionné et discret, ai-je pensé. J'avais le coeur gonflé d'émotion, j'étais même bouleversée. J'ai cru que j'allais me mettre à pleurer. Mais non, le calme, malgré l'intensité du moment. On a marché un peu. J'ai pu lui dire qu'il était un secret bien gardé au fond de mon ordinateur. Et que mettre des talons, ce n'était pas la meilleure option pour arpenter les rues, la prochaine fois je ferai autrement. Il m'a montré des petites choses, le paysage, des morceaux de miroir. Encore maintenant, quand je me souviens, la douceur m'envahit.

J'avais un ami cher et lointain, autrefois. Je l'ai toujours su, que ça se terminerait un jour, même si j'ai espéré que ça durerait toute la vie.