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dimanche 1 novembre 2015

Remerciements

J'ai une certaine tendresse pour les remerciements placés en début de travail universitaire, malgré leur caractère convenu. C'est comme prendre une grande inspiration avant d'attaquer la montagne, s'autoriser un  sourire éclatant avant d'avoir le souffle coupé par l'effort. Une page de douceur et de générosité, avant 700 et quelques pages d'aridité académique. Enfin, c'est comme ça que je vois les remerciements, les jours de bonne humeur. Alors que, les jours sans, je prends un petit air méprisant et les vois plutôt comme un rituel suranné et ridicule, qui ne signifie rien, que la soumission à un milieu académique lui-même suranné et ridicule.

En général, on remercie d'abord ceux qu'on est contraint.e de remercier : directeur/trice de mémoire ou de thèse, membres du jury, institution d'accueil. Puis, ça devient plus personnel. Beaucoup évoquent leurs ami.e.s, leurs parents, frères et sœurs, copains. Souvent, un amour, celui ou celle "qui a toujours été là", son "soutien indéfectible" etc. Certaines formulations sont touchantes :

"Six déménagements en quatre ans, ma thèse est devenue ma maison. Les murs porteurs, je les dois à untel..".

Parfois, une remarque amusante laisse entrevoir les années de galère : "Pardon à ceux que j'ai rudement rabroués quand il se risquaient à une question innocente : "Alors, cette thèse ?""."

Quand je commence à penser aux remerciements, cela veut dire que l'aboutissement d'un travail est proche, ou que je voudrais qu'il soit proche. Je fais le tour des endroits fréquentés, de tous les gentils qui m'ont donné un coup de main, des peaux de vache qui ont apporté malgré eux une contribution. Je crée un fichier, exprès, pour consigner les noms. J'essaie de n'oublier personne, j'ai tellement l'impression que mon travail est toujours plus collectif qu'individuel.

Puis à la fin, je me demande : est-ce que ça a du sens tout ça, produire des paperasses que personne ne lit, des pensées soi-disant profondes, alors que le fascisme monte inexorablement, dans ce pays ?

Et là je me dis : respire, demain, tu verras les choses autrement, aujourd'hui est un jour sans...