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jeudi 28 novembre 2013

Chute libre

Chute libre, Mademoiselle Caroline
Je continue à explorer la déprime, les failles narcissiques, la psyché et compagnie. Dans les livres. Un peu pour mettre mes soucis à distance, un peu par peur que ça m'arrive. J'ai ainsi commencé un petit voyage en BD après avoir entendu à la radio parler de Chute libre, Carnets du gouffre,  un excellent album illustré de Mademoiselle Caroline, qui raconte 7 ans de réflexion dépression.
Plombante, triste, sombre, cette histoire ? Pas du tout. C'est drôle, on rigole, y'a de la vie là-dedans. On compatit aussi, surtout quand on voit Mademoiselle Caroline flanquée de psys toujours prêts à dégainer des âneries. Par exemple, un psy qui déclare:"ce qui va être dur avec vous, c'est d'aller en profondeur, car vous tournez tout en dérision". Comme si être au fond du trou imposait en plus de ne pas rire, de se rendre encore plus grave et lugubre qu'on est.
Donc, ça existe, un psy qui n'a pas d'humour... c'est ce qui donne envie de pleurer, bien plus que les crises. A un autre moment, une autre psy lui dit, à propos de son mari qui l'aime : "vous avez le plus important !" comme on dirait : "mais enfin, toi qui as tout pour être heureuse, un mec sympa, des enfants, une maison, un boulot...". Alors Mademoiselle Caroline, elle se demande, pourquoi ça ne va pas, si tout est là réuni pour aller bien ? Et elle s'enfonce en pensant qu'elle n'en sortira jamais...

Les illustrations sont excellentes, des petits croquis comme rapidement réalisés, dans l'instant, peut-être juste avant de s'effondrer ou de penser à autre chose. J'aime bien aussi la relation qu'elle a avec ses enfants, malgré les idées noires et les ras-le-bol. Les petits efforts de look, féminins, légers, pour tromper l'ombre qui ressurgit. "Je ne pourrais pas expliquer pourquoi, mais l'image du bonheur, désormais, c'était moi allant au bureau avec des baskets blanches et un sac "lune" de Vanessa Bruno". Ca me rappelle mes petites stratégies pour me sentir vivante quand tout est gris et froid à l'intérieur de moi : pull familier, parfum, maquillage, sourire devant le miroir.

Le pire, quand même, ce sont les rechutes. On voudrait que ça aille, mais ça pète et repète à chaque fois.  Avec des dessins bien noirs et assez flippants.

"C'est arrivé le 15 février 2009. Vers 5h30. Se réveiller avec la conviction qu'on est morte. Que sa vie est finie.
(...)
J'ai passé le trajet du retour à me persuader que j'allais bien, que ma vie allait bien.
Mais au matin, c'était sur moi.
L'ombre.
Elle m'enveloppait.
Non.
Elle m'assommait. M'étouffait. M'étranglait. Me paralysait.
Elle s'était nourrie entre-temps."
Plus tard, ça finit bien. Grâce aux psys et à leurs thérapies comportementales (celles que je déteste, même si la question n'est pas là), mais aussi aux fleurs, aux chansons, aux montagnes, et à la lecture de Voici.

Ouf, on se dit à la fin. Et qu'on ne regardera plus un dépressif de la même façon. En tout cas, on essaiera de ne pas détourner le regard des malades aux yeux vides et à la bouche sèche. J'essaierai.