mercredi 9 avril 2014

Encore une citation

Stefan Zweig, Trois poètes de leur vieIl y a des matins où on se réveille rêveuse, se remémorant la justesse d'un paragraphe lu la veille. En musique, il s'accommoderait  parfaitement  de Schönberg (La nuit transfigurée).



"En effet, c'est là l'éternel tragique de l'intellectuel : tandis qu'il est fait pour connaître toute l'ampleur et la volupté de l'existence et qu'il brûle de le pouvoir, il reste malgré tout, lié à sa tâche, esclave de son labeur, assujetti par des devoirs qui lui sont imposés, captif de l'ordre et de la terre.
Tout artiste véritable vit la plus grosse moitié de son existence dans la solitude et dans le duel qui se poursuit entre lui et sa création ; ce n'est pas immédiatement, mais rien qu'au miroir de celle-ci qu'il lui est permis de goûter la multiplicité désirée de l'existence. Seul celui qui vit pour vivre, celui qui n'est pas créateur, qui se borne à jouir, peut être libre et prodigue. Celui qui se propose des fins à atteindre passe à côté de la belle aventure : un artiste ne décrit le plus souvent que ce qu'il a négligé de vivre.
Quant aux jouisseurs sans entraves, qui sont la contrepartie de l'artiste, il leur manque presque toujours la puissance d'élaborer les multiples événements de la vie. Ils se perdent dans le moment et ainsi ce moment est perdu pour tous les autres, alors que l'artiste sait éterniser même la plus petite chose. Par là les buts divergent, au lieu de se compléter fructueusement : aux uns manque le vin et aux autres la coupe. Paradoxe insoluble : les hommes d'action et de plaisir auraient à raconter plus de choses vécues que tous les poètes, mais ils en sont incapables. Au contraire, les créateurs sont obligés d'inventer parce que rarement ils ont assez d'expérience vécue pour en faire l'objet d'un récit."


Stegan Zweig, Trois poètes de leur vie, p. 127, à propos de Casanova



 Je ne me sens ni créatrice, ni jouisseuse, peut-être quelque part entre les deux ?, comme la sensation d'un écartèlement perpétuel entre l'élaboration calme, ascétique et solitaire et la jouissance pressée de l'abandon vital sans pensée.

Mais je rencontre parfois des poètes qui inventent plus qu'ils ne vivent et des jouisseurs incapables d'élaborer.

mardi 8 avril 2014

Musique

Je voudrais que sur ce blog il y ait, quand on ouvre un billet, la musique de l'humeur de la lectrice. Pas une vidéo qu'on met en marche, juste une petite musique qui monterait du texte et ferait corps avec lui.


Dimanche à Pondichéry, ce serait une musique lancinante de Nusrat Fateh Ali Kahn, Mustt Mustt. Aujourd'hui, journée mi-figue mi-raisin, spleen et fatigue mêlés de soleil, ce serait Barbara, mal de vivre et joie de vivre.

BarbaraQu´on soit de Rome ou d´Amérique
Qu´on soit de Londres ou de Pékin
Qu´on soit d´Egypte ou bien d´Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu´il est long lorsqu´il faut le faire
Avec son mal au creux des reins

Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n´en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D´une nuit qui n´en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n´en sont pas revenus

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu´ils devaient vivre
Vaille que vivre

Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça c´est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C´est presque rien
Mais c´est là, ça vous émerveille
Au creux des reins

La joie de vivre
La joie de vivre
Oh, viens la vivre
Ta joie de vivre

Et demain ? Demain est un autre jour, comme disait Scarlett.

dimanche 6 avril 2014

Bienvenue chez Pondychérie (a statistical story)

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encoreunelectrice.blogspot.com
et j'imagine que pendant ce temps-là,sous le pont mirabeau coule la seine
exercice sur michka le petit ours
femme wonder woman
femmes russes belles
film wonder woman
film wonderoman
fuke je n'ai marre
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j'en ai marre
la lecture abandonnée
lectrice
lectrice de nouvelle fuck you
marre des klaxons à Pondichéry
modes de paris
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paris années 70
patchwork vacances
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pondichery 2013
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pondy ville
pondychérie
ras le bol de tout
ressenti de la maitresse apres avoir ete quittee
sri aurobindo leonard Cohen
"franz bartelt"


C'est la liste des mots clés qui ont amenés des visiteurs ici depuis juin 2013. On vient pour l'Inde, pour la carte et la beauté de Pondichéry.  Erreur d'aiguillage, malheureusement Pondichéry je n'en parle que très peu même si l'endroit reste beau, dans mes souvenirs d'il y a bientôt 20 ans. Après Bombay, Goa, Madras, nous étions arrivés à Pondichéry. Des amoureux très amoureux (ce qui ne m'a pas empêché d'entamer une psychanalyse à mon retour en Europe quelques jours ou semaines plus tard ; un trop-plein de spleen et d'angoisse, malgré l'amour). Je me rappelle une soirée dans un restaurant français, celui du consulat ou de l'ambassade je crois. Nous étions heureux, le choc culturel encaissé, les épisodes de turista derrière nous, enfin acclimatés au pays, avec plein de sensations et d'images colorées dans la tête. J'avais croqué dans ma première baguette depuis 3 semaines. Bu un verre de vin rouge. Dégusté un plat en sauce. Je m'étais alors sentie pleinement, entièrement française ; c'est peut-être l'instant de ma vie où j'ai été le plus française. Ensuite, nous avions dormi dans un lit blanc, dans la paix et le silence de l'ashram. J'en garde un goût jamais démenti depuis lors pour les lits blancs, beiges, crèmes, à la limite taupe ou gris, des tons neutres et de préférence lumineux. Au matin, la lumière entrait à flots dans la chambre. Un intérieur dépouillé. Au-delà de la fenêtre, un jardin avec des palmiers. Plus loin, l'océan, le ressac. Derrière l'immeuble, le bruit des scooters et des interpellations en tamoul. C'est loin, Pondichéry. Si loin, si proche.


Pendant la période de juin 2013 à aujourd'hui, 62,9% des visiteurs n'ont fait qu'une seule visite sur le blog. Les 37,1% de visites restantes correspondent pour l'essentiel (31,8%) aux visites de deux personnes : les miennes, les plus nombreuses (16,8%) et celles d'un lecteur (15,0%) que je connais personnellement et qui est pour beaucoup dans la création de ce carnet de lectrice (bien qu'il pense le contraire). Je soupçonne également qu'une bonne partie des visiteurs restant sont d'autres moi-mêmes, car je reconnais mes destinations de voyage parmi les localisations géographiques.

Je vérifie ainsi empiriquement une théorie bien connue dans les mondes numériques : une très faible quantité de l'internet est vraiment fréquentée et lue. On l'estime généralement à moins de 1% de l'ensemble des contenus disponibles, parfois 0,5%. Cette partie fréquentée est celle où des auteurs interagissent entre eux dans des communautés, ou disposent d'une légitimité personnelle qu'ils reconvertissent sur internet. C'est celle qui est repérée par les moteurs de recherche. Le reste est constitué de petits espaces confidentiels qui n'intéressent que ceux qui les rédigent.


Cela me convient très bien. Je trouve même rassurant de savoir que je ne serai pas démasquée de sitôt.